En Espagne, des oiseaux plus visibles durant le confinement



Y avait-il vraiment plus d’oiseaux dans les villes durant le premier confinement ? Un an plus tard, des chercheurs espagnols ont apporté le 10 mars 2021 dans la revue Proceedings of the Royal Society B une réponse qui remet en cause les premières impressions ressenties par nombre d’entre nous.

Une expérience “sociale et involontaire”

Des rues vides et silencieuses : la pandémie de Covid-19 a mené à une situation inédite, également pour la faune qui s’accommode de nos villes. En effet, le confinement, imposé dans de nombreux pays, a réduit de manière considérable les activités humaines dont la circulation routière. Certains chercheurs y ont vu l’occasion inespérée “d’évaluer les effets de notre mode de vie sur la biodiversité” comme le notent les auteurs de cette nouvelle étude. Ils qualifient même cela de “grande expérience sociale involontaire“. Leur recherche s’est concentrée sur le nord-est de l’Espagne et a été réalisée grâce à un projet de sciences participatives sur la plateforme Ornitho. Durant celle-ci des citoyens ont renseigné plus de 126.000 présences d’oiseaux durant les quatre premières semaines de confinement en Espagne, débuté le 14 mars 2020 et qui a été progressivement allégé jusqu’en juin. L’étude prend en compte 16 espèces sédentaires les plus courantes dans cette région de l’Espagne. Les chercheurs ont ensuite comparé les chiffres à ceux obtenus entre 2015 et 2019 à la même période avec une question en tête : y avait-il plus d’oiseaux dans les villes durant ce confinement ?

Des oiseaux qui reprennent un rythme de vie naturel

La probabilité d’occurrence d’une espèce pendant le confinement ne différait pas significativement de l’occurrence enregistrée en milieu urbain les années précédentes chez 12 des 16 espèces étudiées“, souligne l’étude. Les oiseaux ne sont pas revenus dans ces villes fantômes. La différence, car il y en a une, est plus subtile que cela : ces animaux étaient seulement plus nombreux à être visibles et plus souvent entendus grâce à une adaptation rapide de leur comportement. Ils étaient, en somme, plus facilement détectables. L’arrêt des activités anthropiques, notamment aux heures de pointe, a facilité leur communication mais aussi leurs déplacement pour la recherche de nourriture. Ils sont notamment devenus plus actifs durant les premières heures de la journée, à l’aube. “En milieu urbain, cette heure coïncide avec l’heure de pointe du matin, lorsque les rues sont bondées et plus bruyantes. Ces conditions nuisent à la communication et à l’alimentation des oiseaux“, remarque Oscar Gordo, auteur principal de cette étude. Durant le confinement, les oiseaux urbains ont donc repris un rythme plus naturel, communiquant de bonne heure. Des preuves empiriques et expérimentales ont en effet déjà démontré que les oiseaux urbains évitent l’effet de masquage du bruit anthropique, rapporte l’étude.

Les changements induits par les confinements ont été brutaux et relativement courts. Pour les chercheurs, une véritable recolonisation de la faune n’a pas eu le temps de s’opérer. “À la suite du confinement humain, des observations inhabituelles d’animaux dans les zones urbaines du monde entier ont inondé les médias et les réseaux sociaux, semant dans l’imaginaire social l’idée que ‘la nature reprend ses droits’. Bien que plausible, cette idée est, dans la plupart des cas, basée sur des enregistrements anecdotiques, parfois faux, sans aucune enquête scientifique quantitative étayant une telle affirmation“, critiquent-ils. De prochaines études permettront sans doute de confirmer ou d’infirmer cette hypothèse. En attendant, cette nouvelle recherche souligne les rapides capacités d’adaptation des oiseaux urbains.



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