La high-tech au secours du kakapo


Le compte à rebours a commencé en Nouvelle-Zélande, pour l’équipe du Programme de sauvetage du kakapo, perroquet endémique du pays. “Dans neuf mois, en janvier 2022, aura lieu la prochaine saison des amours de ces oiseaux, celle de la reproduction suivra en mars et il faut des mois de préparation en amont” explique le biologiste de la conservation Andrew Digby, son conseiller scientifique.

Le kakapo, friand des fruits du rimu

Cet évènement sera crucial, car il n’a lieu que tous les deux trois ans, en même temps que fleurissent certains arbres à fruits, dont le rimu, Dacrydium cupressinum, aux baies riches en calcium, prisées par les mères comme par les oisillons. Alors l’équipe des scientifiques, des techniciens et des rangers fait le bilan des succès et échecs précédents, peaufine la stratégie à venir, recrute de nouveaux éléments, affine le bilan de santé de chacun des perroquets qui a reçu un petit nom et est équipé d’un émetteur radio. Elle se prépare à trois mois de travail exténuant, 24h/24, sur le terrain, armée de seringues d’insémination, d’œufs bluetooth, et de drones. Avec une obsession : favoriser la fécondité de ces oiseaux qui ont frôlé la disparition dans les années 90, avec un reliquat de 51 individus seulement.

Le kakapo (du maori kaka, perroquet et po, nuit) est le seul des 350 perroquets au monde à être incapable de voler, en raison de ses ailes trop courtes, le plus lourd aussi : un mâle adulte peut peser entre deux et quatre kilos et mesurer jusqu’à soixante centimètres. Ce crapahuteur nocturne, habile grimpeur a été abondamment chassé dans les temps anciens, avant d’être décimé par la cohorte de chats, de rats ou d’hermines qui ont suivi les différentes vagues de colons sur l’île.

Les kakapos, déplacés dans des îles vierges de prédateur

Une grande campagne d’extermination des croqueurs d’œufs, de poussins et d’oiseaux a été lancée et les kakapos déplacés dans des îles vierges de prédateur. Avec succès. Ils sont aujourd’hui 206 kakapos à être considérés comme des « trésors » nationaux, ont leur « porte-parole », Sirocco, un mâle apprivoisé dont les danses amoureuses ont inspiré des dizaines d’émoji animés aux amateurs de Reddit et une page Facebook qui donne des nouvelles et recueille des dons des monde entier.

Des poussins kakapos s’essaient à une sortie nocturne. Credit: Andrew Digby.

Des amours sous haute surveillance

Plus des trois-quart de ces oiseaux ont vu leur génome séquencé, au cours des dernières années. Les scientifiques ont ainsi observé des différences génétiques, notamment liées au système immunitaire, et connaissent les meilleurs reproducteurs. Le sperme de ces “étalons” est prélevé sur le terrain et véhiculé par drones sur les îles jusqu’aux femelles sélectionnées : “De quoi réduire une heure et demie de marche à 8 minutes” explique Andrew Digby.

Car, le problème est que ces perroquets connaissent un trop faible succès reproducteur, notamment en raison d’une trop grande consanguinité. Les émetteurs dont ils sont dotés permettent de surveiller leurs moindres mouvements… Et les biologistes savent ainsi quel mâle s’est accouplé avec quelle femelle, et à quel moment. Ils interviennent s’ils estiment, arbre généalogique et analyses à l’appui, que l’accouplement a peu de chances de donner des petits viables. 

Livraison de sperme par drone sur une ile refuge. Crédit : Andrew Digby.

Les femelles pondent entre deux et quatre œufs, à peu près de la taille de celui d’une poule. Malheureusement, elles nourrissent assez mal leurs rejetons le premier et le deuxième jour après l’éclosion, montrent les observations, ce qui entraîne une assez forte mortalité.  Pour augmenter le nombre de poussins viables, les biologistes ont recours au “double clutching”, la double ponte. Quand la femelle kakapo a pondu, ses œufs lui sont retirés lorsqu’elle quitte son nid pour se nourrir. A son retour, ne voyant plus sa ponte, elle va chercher à s’accoupler à nouveau pour refaire une couvée. De vraies bêtes d’élevage, ces kakapos !

La femelle avec ses (vrais) oeufs. Crédit : Andrew Digby

Des smarts eggs conçus par les ateliers d’effets spéciaux du Seigneur des anneaux

Autre astuce high-tech, testée lors de la dernière saison de reproduction, cette fois pour garder au nid les femelles qui se sont accouplées avec le meilleur “match” possible : sa ponte est remplacée par des œufs intelligents, dotés d’une batterie, d’un haut-parleur (voir la photo ci dessus) fonctionnant par bluetooth et émettant le même son, la même vibration que les œufs sur le point d’éclore.

Nous renvoyons ensuite les poussins au nid lorsqu’ils sont âgés de 1 à 2 jours, après qu’ils aient éclos en environnement artificiel et que nous nous soyons assuré de leur bonne santé” résume Andrew Digby. “Nous avons obtenu un modèle numérique 3D d’un véritable œuf de kakapo scanné par les ateliers Weta, ceux qui ont fait les effets spéciaux pour le Seigneur des anneaux, raconte Andrew Digby. Les composants électriques sont ensuite insérés dans une impression 3D de l’œuf. Le coût est de quelques centaines de dollars néozélandais pièce “.

Un oeuf high tech imite les vibrations d’un oeuf prêt à éclore. Crédit Andrew Digby.

Le subterfuge a été testé avec succès sur une dizaine de nids. Les femelles kakapos ne semblent nullement perturbée par l’arrivée de “gros” poussins dans leur nid et s’en occupent sans rechigner. “Nous n’avons pas collecté beaucoup de données car ce n’était qu’un simple essai, explique Andrew Digby à Sciences et Avenir. Mais de manière anecdotique, ils semblaient faire un effet : la mère a définitivement remarqué le son de l’œuf et les poussins dans les nids ont été correctement élevés et nourris”. Les impacts de cette méthode seront testés plus rigoureusement en 2022.





Source link

Leave a Reply

Your email address will not be published.