Les végétaux peuvent transmettre leur microbiote



Cet article est extrait du mensuel n°889 de Sciences et Avenir-La Recherche, daté mars 2021.

D’une génération à la suivante, certains végétaux ne transmettent pas que leurs gènes mais aussi bactéries et champignons. C’est une véritable nouvelle forme d’hérédité que des scientifiques de l’université de Stockholm (Suède) viennent de découvrir. “Ce travail démontre qu’une partie du microbiote du chêne est transmis à sa descendance par sa graine”, explique Matthieu Barret, chercheur Inrae à l’Institut de recherche en horticulture et semences d’Angers (Maine-et-Loire). Ce microbiote s’ajoute ainsi, par des mécanismes qui restent à élucider, à celui qui provient de l’environnement.

“Le rôle de ces micro-organismes est encore méconnu”

Les chercheurs ont d’abord recensé génétiquement les micro-organismes présents dans l’embryon, mais aussi dans les ébauches de racines et de feuilles de la graine contenue dans le gland. Ils ont alors découvert que ces différentes parties hébergent des populations bactériennes et fongiques en grande partie distinctes.

Après avoir mis en culture les glands dans un milieu stérile, ils ont retrouvé les mêmes microbiotes sur les racines et les feuilles de la plantule. Au total, pas moins de 70 espèces bactériennes et 51 de champignons étaient présentes dans la graine du gland et transmises aux différentes parties de la plantule après germination.

“Ce résultat confirme ce qui avait été entraperçu chez plusieurs familles de plantes telles que les graminées, les fabacées et les brassicacées, détaille Matthieu Barret. D’une façon générale, le rôle de ces micro-organismes est encore méconnu, mais plusieurs données suggèrent qu’ils pourraient protéger la plante de la sècheresse comme des attaques d’organismes pathogènes.” Par exemple, selon une étude récente menée en Chine, la résistance de certaines variétés de riz à une bactérie pathogène installée dans leurs grains est due à la présence, également dans les grains, d’une autre espèce bactérienne capable d’enrayer la fabrication de sa toxine.

Cette piste pourrait éviter les traitements phytosanitaires

“Comprendre les processus impliqués dans l’assemblage des microbiotes des plantes constitue donc une étape indispensable pour pouvoir, à terme, améliorer leur croissance et leur santé en ajustant la composition de leur microbiote”, espère le scientifique. Ces recherches permettent ainsi d’entrevoir de nouveaux moyens d’assurer un bon développement des plantes agricoles sans forcément recourir aux engrais ou à des traitements phytosanitaires. “Pour l’instant on ne parle encore que de corrélations entre la composition du microbiote de la graine et la germination puis la levée des cultures, tempère cependant Matthieu Barret. Il s’agit maintenant d’établir de véritables relations de cause à effet.”



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