Masques et gants: une pollution qui tue des animaux


Gants, masques et équipements de protection en tout genre sont massivement utilisés pour lutter contre la pandémie de Covid-19. En résulte malheureusement une nouvelle forme de pollution. Des chercheurs néerlandais ont présenté le 22 mars 2021 dans la revue Animal Biology une bien triste liste, non-exhaustive, des d’animaux en ayant souffert.

Chaque mois, des milliards de masques sont utilisés dans le monde

Après l’identification du coronavirus à Wuhan, en Chine, en décembre 2019, l’Organisation mondiale de la santé a finalement déclaré, en mars 2020, une pandémie. Il est alors devenu peu à peu évident qu’il était nécessaire de porter des éléments de protection personnels afin de lutter contre la propagation du SARS-CoV-2. Leur utilisation est devenue de plus en plus fréquente, conduisant par exemple la Chine à augmenter sa production de masque de 450% en seulement un mois. “On estime que nous utilisons chaque mois 129 milliards de masques et 65 milliards de gants dans le monde“, remarquent les chercheurs de cette nouvelle étude. Avec à la clé une augmentation de la pollution par ces protections à usage unique, même dans les régions inhabitées comme par exemple les îles Soko, à Hong Kong. Mais aussi un risque de mortalité accru chez les animaux par ingestion ou encore piégeage conduisant à une mort immédiate ou à l’épuisement, une infection ou encore à une non alimentation de l’animal.

Nous présentons ici le premier cas d’un poisson piégé dans un gant médical, rencontré lors d’un nettoyage d’un canal à Leyde, aux Pays-Bas. Nous rapportons également les premiers cas d’oiseaux utilisant des masques médicaux comme matériel de nidification“, expliquent les auteurs de cette nouvelle étude. Ils ont souhaité intégrer ces découvertes dans un contexte plus large. Pour cela, ils ont collecté en ligne des informations concernant les interactions entre déchets médicaux et animaux depuis le début de la pandémie en utilisant tout simplement Google. Ils ont tapé dans la barre de recherche des mots comme “déchet”, “Covid-19”, “masque facial”, “gant” ou encore “ingestion”, à la fois en anglais et en néerlandais. Les chercheurs ont également utilisé ces termes, cette fois munis d’un hashtag, sur les réseaux sociaux (Facebook, Instagram et Twitter).

Emmêlé dans un masque facial, un oiseau est la première victime connue de cette pollution

La découverte en août 2020 du piégeage d’une perche commune par un gant a constitué la première preuve que ces protections représentent un réel danger pour les poissons d’eau douce. Seule la queue du pauvre poisson dépassait (voir illustration de cet article). Les chercheurs rapportent aussi les premières observations connues de l’utilisation de masques pour la nidification.

Ce comportement a d’abord été observé chez une foulque macroule (Fulica atra), une espèce connue pour ses nids anthropiques et nichant sur le canal Keizersgracht à Amsterdam, le 3 juin 2020“, notent les scientifiques. Un autre nid de la même espèce a été repéré à Leyde. Il comprenait cette fois-ci un masque et un gant en latex. Si cette espèce s’accommode de cette pollution, ce n’est pas le cas de tous les oiseaux. “La première victime signalée des déchets du Covid-19 dans le monde, à notre connaissance, était un merle d’Amérique (Turdus migratorius). Cet oiseau semble être mort après s’être emmêlé dans un masque facial à Chilliwack, en Colombie-Britannique, au Canada, le 10 avril 2020“. D’autres cas ont suivi.

Un nid de foulque construit avec un masque facial. Crédit : Alexander Schippers

Les oiseaux et les poissons ne sont pas les seuls à souffrir de cette nouvelle forme de pollution. Chauves-souris, renard roux, hérisson commun, crabes, pieuvre… Tous, et bien d’autres encore, en sont victimes. Au Brésil, un manchot de Magellan retrouvé sur une plage avait dans l’estomac un masque facial. De nombreux macaques crabiers ont été observés en train de mâchouiller un masque en Malaisie. Des cas d’ingestion de déchets médicaux liés au Covid-19 ont aussi été rapportés chez des chiens et des chats. Il est évident que le nombre d’interactions négatives entre les animaux et ces déchets est en réalité bien plus important que les cas relevés ici. Cette pollution est désormais globale et omniprésente. Elle touche à la fois les vertébrés et les invertébrés.

Pour mesurer toute l’ampleur de ce problème“, les auteurs de cette nouvelle étude encouragent les personnes à ajouter leurs observations d’animaux affectés par cette pollution sur le site www.covidlitter.com. L’utilisation systématique des masques, et pour certains des gants, n’est pas encore terminée. Il devient donc urgent qu’une prise de conscience collective s’opère concernant cette nouvelle forme de pollution.



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